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Thèse énième : de l'essence même de la vie et toutes ces sortes de chosesLa vie est ainsi faite que bien des choses qui nous paraissent évidentes
et que nous considérons, à tort ou à raison, comme
acquises, se révèlent à l'usage complètement
différentes de l'idée que nous nous en faisions à
l'origine. Il en va ainsi des composantes les plus élémentaires
de notre existence, et quotidiennement nous en faisons l'expérience,
plus ou moins désagréable, sans toutefois penser à
relativiser un seul instant quant à nos croyances. Dans une telle
optique, il suffirait d'imaginer la vie comme la simple application
d'un théorème établi bien des années avant
même l'apparition de notre race, rituel immuable autour duquel
nous graviterions aujourd'hui, alors qu'au contraire il convient de
considérer avant tout le facteur humain comme pivot essentiel
du rouage régissant notre existence. Ce facteur humain est comparable
à un immense bloc gélatineux, distendu et difforme, grouillant
d'idées différentes et sans cesse en mouvement (où
l'on rejoint bien par hasard la thèse intitulée :"du mouvement
perpétuel"), dans lequel nous nagerions (flotter serait un terme
plus adéquat).
C'est lui, ce facteur humain, qui nous pousse à réaliser
les actes les plus illogiques, les plus invraisemblables, en un mot
les moins convenus, c'est lui encore qui retient notre bras au moment
où la fureur s'empare de nous et tente de nous consummer. Négliger
cet aspect de la vie serait commettre une faute innommable qui n'aurait
évidemment pas sa place en ces pages. Aussi vais-je tâcher
de respecter les conditions que je viens de fixer, dans le but de me
livrer à une étude qui soit la plus fidèle possible
à la réalité, et qui tentera d'aboutir à
une conclusion, dont les tenants et aboutissants (que j'ignore encore
au moment où j'écris ces lignes) n'engageront que leur
auteur (c'est à dire votre humble serviteur). Si l'on veut bien
comprendre l'essence même de la vie, il faut se représenter
cette dernière comme une spirale à plusieurs niveaux,
les dits niveaux étant tous reliés entre eux par d'étranges
escaliers dont certains sont à sens unique et d'autres pas.
Etant tous les constituants de cette spirale, nous pouvons à
tout moment changer de niveau, pour peu que nous remplissions les conditions
décrites par l'ex top model slovaque, devenu ethnologue à
la suite d'un voyage en Laponie, le fantasque Henry Priess, dans son
livre jamais publié ailleurs qu'en Laponie occidentale, pour
d'obscures raisons mercantiles. Ces conditions, dont le nombre est variable,
ont la particularité de considérer l'être humain
tour à tour comme un sac de sable, une rétine de poulpe
et un couple de tourtereaux ambidextres. C'est cet aspect qui reste
à mes yeux le plus fascinant dans l'approche de Mr Priess, car
il n'hésite pas à ranger au placard toutes les idées
reçues quant à la condition humaine pour mieux s'imprégner
de l'étude originelle, celle qui fut longtemps pratiquée
par les indigènes Burundais, et qui constitue un mélange
d'esthétisme refoulé et de constipation embarassante.
Les jeunes Burundais sont (ou plutôt étaient, car ces pratiques
ont aujourd'hui tendance à disparaître, sous l'influence
des grandes majors américaines, cyniques dans leur approche de
la solidarité à l'échelle mondiale, et dont l'attitude
conduit bien souvent à de fâcheux dérapages) dès
leur plus jeune âge conditionnés à ce genre de pratiques,
à grands renforts d'écartelements sur charbons ardents
et de trépanation à l'aide de branches de poirier trempées
dans de la chaux vive. On déplore hélas un taux de mortalité
relativement élevé au sein de la population burundaise,
et ce, pour des raisons encore inconnues. Cela, mêlé à
l'action des majors citées plus haut, a rapidement contribué
à la disparition progressive de l'approche philosophique chère
à Henry Priess, qui par bonheur ressurgit aujourd'hui, de façon
confidentielle certes, mais avec une détermination féroce,
doublée d'une forte propension à l'automutilation dentaire.
Tentons d'imaginer un instant ce que serait le monde sans ces merveilleuses
petites choses qui nous emplissent le coeur d'une incomparable allégresse
et qui rendent notre morose existence plus belle encore qu'une monumentale
averse au beau milieu d'un après-midi caniculaire du mois de
juillet, lorsque les blés fraîchement coupés dégagent
une senteur à nulle autre pareille, lorsque es enfants
chantent, dansent et jouent à chat perché dans la cuisine
de la maison familiale, dans laquelle dorment Pierre, Robert et Jacques,
les trois cousins qui sont venus passer quelques jours au pays, histoire
de se ressourcer et de retrouver une certaine pureté qui fait
bien souvent défaut aux gens de la ville, ces petites choses,
donc, dont l'étude de la vie fait partie au même titre
que le démontage de pneu à la petite semaine. Si vous
êtes parvenu à vous imaginer le monde sous cet angle, vous
avez du comprendre à quel point le facteur humain joue un rôle
dans l'imaginaire collectif, et à quel point il est nécessaire
de perpétuer la vieille tradition du peuple burundais qui a vu
son sang se répandre juste au nom de l'intégrité
aquatique.
En espérant que cette modeste thèse vous aidera à
mieux vivre vos handicaps, je referme ici (sans doute temporairement)
le dossier de l'introspection post-révisionniste.
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