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Thèse n°16 : Des boîtes à chaussures ignifugées

A quoi peut bien servir une boîte à chaussure ignifugée ? se demandent les esprits les plus cartésiens d'entre vous. A rien, vraisemblablement, et je serai plutôt enclin à les suivre dans cette voie, mais étant donnée l'heure avancée de la nuit, tout me porte à croire qu'il n'en est rien, même si je suis conscient que le caractère hautement contradictoire de cette introduction comporte matière à choquer l'intelligence du lecteur. Mais qu'importe. Voyons plutôt comment je vais me sortir de cette impasse d'un sujet dont je reconnais pertinemment l'inutilité, mauvais pas dont je me tirerai sans doute par une habile pirouette littéraire consistant à vous faire croire à des choses qui ne sont pas. Allons-y. Les boîtes à chaussures ignifugées furent inventées pour remédier à l'épineux problème de combustion qui frappa le milieu très fermé des chaussures au début du XVIIème siècle. J'ignore totalement à quoi était due une telle vague de combustion, mais je m'en moque, à vrai dire, car, au risque de me répéter, les faits relatés au cours de cette thèse n'auont jamais existé ailleurs que dans mon cerveau torturé. Aussi, laissons tomber ces stupides boîtes à chaussures ignifugées, et parlons plutôt d'un vrai problème, qui touche tous les foyers. N'avez-vous jamais entendu, la nuit, d'étranges couinements en provenance de votre salle de bains ? Si oui, lisez attentivement ce qui suit. Sinon, lisez-le quand même, mais moins attentivement. Avant de saisir votre revolver, dites-vous que ces couinements ne sont nullement causés par un cambrioleur sénile, mais qu'ils sont émis, tenez-vous bien, par vos brosses à dents. N'y voyez cependant aucune malveillance de leur part, car elles ne sont en aucun cas responsables de ce couinement, très caractéristique et facilement reconnaissable pour l'oreille avertie, qui est du à la nature même des poils utilisés pour leur fabrication.

En effet, depuis la nuit des temps, il est de coutume (coutume assez barbare, avouons-le, mais nous le sommes tous un peu) de confectionner les brosses à dents à partir de cils de jeunes asiates, dont l'opération d'extraction (des cils, pas des asiates), très douloureuse, explique à la fois le caractère "bridé" des dits asiates et les gémissements dont je m'entête à vous entretenir contre votre gré. Pourquoi ne pas utiliser des poils de synthèse ? J'attendais cette question, mais j'avoue que je ne l'attendais pas si tôt, et j'y répondrai donc un peu plus tard. Pour l'heure, laissez-moi vous parler des élevages de brosses à dents qui commencent à fleurir partout dans le monde, en raison d'une récente découverte qui révolutionna le monde scientifique : le couinement des brosses à dents s'accompagne d'une très forte émission de chaleur, et les savants tentent aujourd'hui de maîtriser cette nouvelle forme d'énergie, tant économique qu'écologique (un jour prochain, nous ferons cuire nos chips grâce aux brosses à dents). Cette tâche s'avère très délicate, car la brosse à dents supporte très mal la captivité, et il convient de lui apporter des soins constants, afin de veiller au bon développement de ses poils, qui atteignent la maturité sexuelle au bout de trois ans, période à laquelle l'émission de chaleur est la plus conséquente. Les brosses à dents sont alors placées sous la responsabilité d'un homme, le balbusier, chargé de convertir cette chaleur en énergie utilisable, au moyen d'incantations ésotériques complètement ridicules. L'utilisation la plus célèbre de cette énergie est la présence de brosses à dents à l'intérieur des appareils à raclette. Mais un doute subsiste encore dans l'esprit du lecteur, et je vais enfin lever le rideau sur ce troublant mystère. Pourquoi pas de poils synthétiques ? La réponse est simple, et qui de mieux pour vous la communiquer que le président de l'U.F.S.B.D., dont le nom sera tenu secret pour éviter toute représaille bolchévique. "C'est très simple : le poil de synthèse a un mauvais goût".

C'était effectivement très simple, mais encore fallait-il avoir les tripes nécessaires pour en parler à une heure de grande lecture. J'espère qu'à partir de maintenant, vous regarderez vos brosses à dents d'un autre oeil, et que vous aprécierez le charme de ces petits couinements désagréables pour lesquels de généreux asiates ont sacrifié leur intégrité physique.

MAYBAUM Frédéric

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