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Thèse n°28 : Des méfaits d'une veille prolongée"Loin des yeux, loin du coeur". C'est sur ce sympathique dicton tout
droit hérité des diaristes patagons que s'ouvre cette 28ème
thèse à l'aspect peu engageant, dont le thème n'est
autre que le sommeil, ou à proprement parler le manque de sommeil,
qui peut entrainer des dommages irréparables sur les personnes les
plus résistantes au demeurant. Vous avez déjà pu constater
son influence négative sur l'écriture de cette thèse,
qui atteint des sommets d'indéchiffrabilité
(1)
que la mémoire collective mettra bien des années à
effacer. Mais qu'importe. Mes amis me disent, donne-nous la recette de
ton optimisme ! Moi, je sais que bon vivant rime avec inconscient. Tenez,
j'ai réglé une fois pour toutes le problème de mes
études. Alors que tant d'autres se tourmentent, se demandent s'ils
vont réussir leurs examens, et surtout : qui paiera les frais (vous
pouvez vous abstenir de lire la proposition précédente) ?
La recette est ma foi fort simple. Prenez une bonne dose de je-m'en-foutisme,
ajoutez-y quelques grammes de fainéantise, et laissez mijoter le
tout à l'abri de toute volonté, dans une période propice
à la fermentation de tout ceci (par exemple, les périodes
d'examens feront parfaitement l'affaire). Trouvez ensuite un prétexte
quelconque (comme 1 match NBA, spectacle qui, pour intense dramatiquement
qu'il fut, n'en connut pas moins un dénouement des plus décevants)
et décorez le tout d'un partenaire particulièrement psychopathe
qui vous aidera à mener à bien votre sacro-sainte mission
d'auto-destruction et vous aurez alors le loisir de goûter à
l'extrême volupté d'un état léthargique à
tendance comateuse, qui, ô joie !, ne fera qu'amplifier au fur et
à mesure que les heures passeront, vous séparant inéxorablement
de votre dernière séance de sommeil réparateur. A
vous le plaisir de tituber allègrement au moindre déplacement,
de voir vos yeux se rougir de façon exponentielle et de sentir vos
capacités intellectuelles réduites à néant,
privilège que seuls quelques initiés auront le suprême
honneur de connaître (et cela sans colorant ni conservateur). Sachez
apprécier le regard insistant de vos contemporains lorsqu'ils découvriront
vos traits tirés, votre mine blâfarde que seules des cernes
d'un noir intense empêchent de confondre avec un cachet d'aspirine
périmé. Délectez-vous, une fois que vous aurez atteint
le niveau admirable de "zombie", de ces longs moments d'absence, où
votre vision se trouble, où vos pensées se bloquent dans
le flou intersidéral, où toute tentative de votre entourage
pour vous adresser la parole se solde immanquablement par un silence béat
duquel vous ne sortirez qu'à la prochaine oscillation de votre tête,
devenue trop lourde pour vos muscles endormis, eux, et qui menace dangereusement
de heurter violemment le sol de votre maison, dans un PAF ! retentissant
qui aura tôt fait d'alerter votre voisin(e) du dessous, qui découvrira,
après que les pompiers aient défoncé votre porte,
votre corps gisant, mais toujours pas endormi, dans une flaque de sang
où s'alimenteront déjà des colonies de mouches et
d'insectes en tous genres qui n'attendaient que cela.
Le 04/06/98, après 42 heures d'une veille ininterrompue, j'achève
la rédaction hâtive de cette thèse, bien conscient
qu'une journée bien chargée m'attend et que je ne suis pas
prêt de retrouver la douceur de mon matelas Epeda multispire en peau
de lamantin.
Le 05/06/98, presque 57 heures après mon dernier réveil,
je me décide enfin à me coucher, ayant obtenu satisfaction
à la suite des demandes formulées au gouvernement mexicain.
(1) Note : cela ne se voit évidemment pas à l'écran,
mais l'original est effectivement assez anthologique.
MAYBAUM Frédéric
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