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Taize : De l'Orthodoxie dans les Chrétientés Latines et Byzantines (y compris les Chrétientés en Terre d'Islam et les Chrétientés Nouvelles) du début du VIIème siècle au milieu du XIème siècleVaste sujet que celui qui va être traité dans les lignes
suivantes mais contrairement à certains, je ne vais pas me défiler.
Par chance, ce thème est relativement peu connu du grand public,
et je vais donc pouvoir sans aucun scrupule et de façon éhontée
mettre volontairement à mal la vérité historique sans
risquer de me le voir reprocher par des spécialistes rompus à
ce genre d'exercices, et qui auraient tôt fait de me remettre à
ma place, place que je n'aurais d'ailleurs jamais du quitter. Ainsi, nous
allons étudier ensemble ce sujet, au nom trop long pour que je m'amuse
à le réécrire, dans une période ma foi fort
trouble de l'Histoire, puisqu'elle part du début du VIIème
siècle (époque à laquelle est apparu l'Islam, mais
ça n'a aucun rapport véritable) jusqu'au milieu du XIème,
en passant par le VIIIème et le IXème, mais en sautant le
Xème, qui a préféré se tenir écarté
des débats pour des raisons d'Ethique (au sens spinozien du terme,
ce qui explique la majuscule) qui lui sont propres et que je respecte.
L'Orthodoxie, branche occulte et farouchement "underground" de
la chrétienté, est apparue à la fin du Vème siècle
et s'est très vite (après toutefois une phase transitoire que
nous allons évoquer succinctement) révélée comme
une véritable tyrannie de l'esprit, un dogme ésotérique
dont les adeptes étaient, pour la plupart, des personnes très
frustrées et désireuses de passer leurs nerfs sur les autres.
Présentée, à grands renforts de passages chez Arthur ou
Guillaume Durand, au grand public, toujours friand de nouveautés, comme
la solution aux grosses lacunes de la chrétienté classique, l'Orthodoxie
a immédiatement connu un vif succès. La Méditerranée
fut le principal berceau de cette " religion ", et j'avoue que ça tombe
plutôt bien (rapport à la thèse que je suis en train de
faire). Rappelons avant toute chose comment est apparue, puis s'est développée
cette mouvance, qui n'est, heureusement, plus qu'un mauvais souvenir aujourd'hui.
La chrétienté latine classique (celle de Phrygiostys, pour ne
citer que le moins connu) était confortablement installée au rang
de religion dominante dans les régions latines et byzantines (pour bien
situer le contexte géographique et historique, sachez que l'Empire Byzantin
constitue la partie orientale de l'Empire Romain, édifié sur les
ruines de l'ancienne Byzance, d'où le nom) lorsque se profila à
l'horizon la menace orthodoxe. Des écrits (auxquels j'accorde toute ma
confiance en ma qualité d'historien de pacotille, et qui sont aujourd'hui
visibles au Museum d'Histoire Naturelle de Pif Poche) relatent que c'est un
boucher-charcutier-trompettiste vivant dans une colonie grecque du nom de Buzunga
(actuelle Somalie) qui le premier jeta les bases de l'Orthodoxie moderne telle
que nous ne la connaissons pas aujourd'hui car elle a totalement périclité.
Un jour qu'il s'ennuyait à mourir (pour l'anecdote, sachez qu'il décéda,
ironie du sort, dévoré par un buffle une semaine plus tard), il
se prit à rêver d'un monde qui prônerait le port de la verrue,
et dans lequel pourraient se reconnaître tous ceux que Dame Nature, un
soir de cuite, avait affublés de cette repoussante protubérance
verdâtre. Sans le savoir, ce Buzungais (dont le nom se perdit dans les
limbes de l'histoire par la faute d'un déprimant laxisme en haut lieu)
venait de donner naissance à l'Orthodoxie, bien que sa doctrine ne portât
pas encore ce nom (nul doute que si l'on avait averti ce fougueux Buzungais
des dommages que causerait son utopie, il se serait abstenu). Le reste n'est
qu'une suite de coïncidences qui sont bien souvent à la base des
plus grandes épopées humaines de l'Histoire avec un grand H pour
faire beau.
Le lendemain même de l'élaboration de son ambitieuse théorie,
le Somalien fut lâchement abandonné par son épouse, une
célèbre trapéziste mongole, qui ne supportait plus, je
cite : " la vision du visage difforme de son mari ". Déprimé et
déçu, il alla noyer son chagrin dans l'alcool, et là, dans
la moiteur complice d'une taverne mal famée de Thokurigga, capitale de
la Haute-Buzunga, il rencontra un représentant en charentaises romain
du nom de Tomuphus, à qui il raconta, la langue bien déliée
par quelques verres de liqueur de gecko gracieusement offerts par le représentant
sus-mentionné, sa merveilleuse trouvaille. Mal lui en prit ! De retour
chez lui, à Rome, Tomuphus se dit que l'idée du Somalien était
susceptible de lui rapporter "une chiée de thunes" (excusez la crudité
de mes propos, mais l'époque n'était guère propice au raffinement
du langage), pour peu qu'il l'exploitât convenablement. Il faut dire que
les porteurs de verrue étaient légion de ce côté-ci
de la Méditerranée (pour des raisons climatiques qu'il ne m'appartient
pas de divulguer ici). Il écrivit donc un livre dans lequel il retranscrivait
plus ou moins fidèlement les propos décousus du boucher-charcutier-trompettiste,
et qu'il intitula " Traité relatif de l'Orthodoxie ", titre qui ne voulait
strictement rien dire, mais qui était assez pompeux pour susciter l'intérêt
des pseudo-élites intellectuelles de l'époque. En clair, ça
en jetait un max ! D'abord vendu confidentiellement aux abords des abattoirs
et sur les marchés d'esclaves, l'ouvrage connu par la suite un foudroyant
succès que même Francis Perrin il était jaloux, aidé
en cela par un formidable bouche-à-oreille pas piqué des coléoptères.
Attirés par les perspectives ouvertes par cette nouvelle idéologie,
des millions de porteurs de verrues, mais aussi de furoncles, de pustules, de
kystes, de points noirs, ainsi qu'un nombre non négligeable de lépreux,
de tuberculeux et d'amputés du bras gauche s'engouffrent dans la brèche
fraîchement ouverte et font de l'Orthodoxie le signe de ralliement de
la disgrâce physique en général et des excroissances purulentes
en particulier. Tomuphus, alors à la tête d'un joli petit pécule
issu des retombées financières de la vente de son traité,
est proclamé "trop fort" et chef religieux de l'Orthodoxie par des millions
de fidèles en 623 ap. Jimmy Cliff. Un vent (une tornade, devrais-je dire)
de liberté balaie les villes et les campagnes de la Méditerranée,
et les adeptes de ce nouveau culte sont bien décidés à
obtenir la reconnaissance impériale.
C'est chose faite en 641 lorsque l'empereur au nom évocateur Varicium,
fils de Thessaurus et de l'infante Zarga de Perse, de sinistre mémoire,
poussé dans cette voie par ses conseillers (d'horribles bossus au visage
crevassé), se convertit à l'Orthodoxie et en fait la " Religion
Première de l'Empire ". C'est à partir de ce moment que la belle
aventure de l'Orthodoxie va connaître un tournant décisif et écrire
à l'encre rouge une des pages les plus noires de la longue histoire du
monde, car si l'idée de tolérance était le point de départ
de ce mouvement, le pouvoir, et la soif de pouvoir, auront raison des belles
paroles, emplies de fraternité et de largesse d'esprit, d'un jeune boucher-charcutier-trompettiste
Buzungais, dont la mort atroce laissait présager de l'avenir des plus
sombres auquel sa création était promise. Tomuphus meurt dans
des conditions mystérieuses en 653 (on ne retrouvera de lui qu'une rétine
sanguinolante ­p; celle de l'oeil gauche ­p; accrochée
à un portemanteau), et ses descendants, aveuglés par leur vénalité,
rêvent de conquérir de plus en plus de territoires et ainsi d'affirmer
la suprématie de l'Eglise Orthodoxe dans un monde en totale mutation
religieuse. Tous les bourgs, toutes les villes, tous les ports de l'Europe Méditerranéenne
sont désormais sous le joug de l'Orthodoxie, et les autres cultes sont
systématiquement persécutés. Dans le meilleur des cas,
l'Orthodoxie se contente de faire brûler vif les hérétiques
sur la place du village, par des soudards au nez rongé par Dieu sait
quelle vermine contractée au contact des filles de mauvaise vie, qui
représentaient leur seule compagnie féminine, soudards qui trouvaient
dans ces exécutions sommaires l'occasion rêvée de se venger
de toutes les humiliations dont ils ont longtemps été les victimes
; mais bien souvent on emmène les captifs devant le terrible Tribunal
de la Grande Verrue, aux allures d'Inquisition. Là, les malheureux sont
soumis à un choix cornélien : soit les pauvres hommes acceptaient
de porter des verrues (implantées de main de maître, il faut le
signaler, par des manchots ambidextres), soit ils étaient torturés,
puis tués et enfin torturés encore, comme ça, juste pour
le plaisir. Les cris des pauvres victimes à qui l'on enfonçait
un porc vivant dans l'anus résonnent pour toujours dans ma tête,
et je n'effacerai jamais de ma mémoire le regard désespéré
de ceux que l'on avait forcés à manger leurs pieds. C'est par
cette pratique de la terreur organisée que l'Orthodoxie s'est propagée
à travers les siècles, répandant derrière elle une
odeur sulfureuse où au sang des victimes se mêlent les larmes des
veuves et des orphelins qu'elle engendrait.
Heureusement pour l'Humanité, la résistance s'organise peu à
peu autour d'un homme, le charismatique Sprêh 1er, Sultan de Biactol (petite
province du sud de la Turquie), soutenu par de hauts dignitaires ottomans. Sprêh
1er, demi-finaliste aux Masters de Carton de Questions Pour Un Champion, et
à qui un visage parfaitement lisse assurait un harem des plus conséquents,
est horrifié devant la tournure que prennent les événements
en cette fin de IXème siècle, et grâce à d'inimitables
talents de chimiste-botaniste (pour lesquels on ne remerciera jamais assez les
parents du jeune Sprêh de l'avoir forcé à prendre des cours
particuliers alors que celui-ci préférait s'amuser à torturer
les domestiques en leur plantant des tables dans le nez), il met au point une
savante mixture qui permettra à tous ses sujets (puis, plus tard, au
reste du monde) de vivre en toute quiétude, cette potion ayant la particularité,
lorsqu'elle est projetée au visage, à l'aide d'un soufflet de
cheminée, de faire disparaître, non pas rides et ridules, mais
bel et bien verrues et pustules, satisfait ou remboursé deux fois sur
la vie de ma mère si je mens je vais en enfer. Cette invention s'avérera
décisive dans la lutte à mener contre les Boutonneux, comme s'appellent
eux-mêmes les Orthodoxes, d'autant plus que le mouvement se débat
tant bien que mal avec d'incessantes querelles intestines qui mettent en péril
le fragile équilibre du dogme. En effet, une partie, minoritaire, des
Boutonneux désire incorporer au sein du mouvement les gens affublés
d'un bec-de-lièvre, mais ils se heurtent à la branche dure de
l'Orthodoxie, qui se refuse à accueillir de tels handicaps, qui n'ont
rien à voir avec l'idéologie originelle, le culte de la Grande
Verrue, omnipotente et omnisciente. Ces extrémistes, les Pestiférés,
dont le chef historique est Casius Uris Nilingus (dit " le Bouc " de Galatie),
envisagent même de revenir purement et simplement à la Verrue comme
unique idole, propos qui soulevèrent un formidable tollé chez
ceux que l'on appellera les Moribonds, et qui se composent des Furoncles, des
Pustules, des Kystes, des Points Noirs et des Lépreux (les Tuberculeux
et les Amputés du Bras Gauche ont vite quitté le mouvement, parfaitement
conscients de s'être trompés de combat), menés par Leonis
Sylvas (855 - 987), personnage entré dans la légende pour posséder
en même temps toutes les tares décrites ci-dessus. L'ambiance au
sein de l'Orthodoxie est, comme vous pouvez le constater, plutôt pesante.
La scission entre les différents courants est imminente, et c'est le
moment que choisissent Sprêh 1er et ses fidèles pour engager une
offensive (887) connue sous le nom de Révolte des Peaux Douces (du nom
de personne, juste parce que ceux qui en faisaient partie se targuaient d'avoir
une peau de bébé, affirmation fortement discutable à mon
humble avis qui vaut ce qu'il vaut et je vous emmerde). La stratégie
de Sprêh est limpide et sans appel : armés de soufflets géants
montés sur d'anciennes catapultes recyclées (et munies de mitrailleuses
lourdes juste au cas où), les Peaux Douces pulvérisent en grande
quantité leur remède miracle (des centaines et des centaines de
tonnes de plantes furent utilisées pour préparer une telle dose
de potion, mais comme le dit le vieil adage, c'est en forgeant qu'on fait des
omelettes et l'argent du beurre sur les oreilles, ou un truc dans ce genre)
sur les troupes des Boutonneux qui, guéris de leur infirmité,
se retrouvent tout naturellement du côté des Peaux Douces, grossissant
ainsi inexorablement les rangs des insurgés, tout en réduisant
d'autant les moyens humains des Boutonneux. La défaite orthodoxe est
inévitable. En 1004, Nilingus sera capturé alors qu'il s'apprêtait
à se taillader le visage à coups de serpe, et, avec sa chute,
c'est tout le mouvement orthodoxe qui s'écroule. L'insurrection aura
duré 117 ans (dont 17 véritables) et le monde avait eu chaud.
S'il y a une leçon à tirer de cette invraisemblable histoire,
c'est sans doute que toute idéologie, même la plus inoffensive
en apparence, peut devenir dangereuse dès lors qu'elle est prise comme
vérité unique et incontestable, et le fanatisme qu'engendre une
telle attitude doit à jamais être combattu, à l'image des
exploits de Sprêh 1er et de ses mignons. C'est sur ces sages paroles que
je conclurai cette fable symbolique dont les messages subliminaux sont plus
nombreux qu'on pourrait le croire. En vous remerciant de m'avoir suivi à
travers les méandres de l'Histoire, je vous quitte non sans vous souhaiter
de moëlleuses pâtes.
MAYBAUM Frédéric
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